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Où en est l'IA au Québec?

L'adoption progresse vite. La prochaine étape consiste à transformer des essais dispersés en processus qui améliorent réellement le travail.

20,1 %

des entreprises québécoises ont utilisé l'IA pour produire des biens ou fournir des services

  • L'analyse3
  • Le billet du fondateur4
  • Le fil5
  • Sur le terrain6
  • Les écarts derrière la moyenne7
  • Notre lecture pour la suite8
  • Votre usage est-il prêt?9
  • Le plan des 90 jours10
  • La question11

Le Journal Margence

L'adoption accélère. La valeur se construit.

Une entreprise québécoise sur cinq utilise maintenant l'IA dans ses activités. Derrière cette moyenne se cachent plusieurs niveaux d'usage, et autant de définitions du mot adoption.

Au Québec, 20,1 % des entreprises déclarent avoir utilisé l'intelligence artificielle pour produire des biens ou fournir des services au cours des douze mois précédents. Elles étaient 12,7 % en 2025 et 9,4 % en 2024. En deux ans, la proportion a plus que doublé.

Le mouvement est national : le taux canadien est passé de 6,1 % en 2024 à 19,2 % en 2026. Le Québec se situe 0,9 point au-dessus de cette moyenne, un écart trop faible pour parler d'une avance durable.

Un même mot, quatre réalités

Pourquoi voit-on aussi 30 %, 41 % ou 93 %? Statistique Canada retient l'IA utilisée pour produire ou livrer. La BDC mesure l'IA générative chez les PME. La FCEI inclut l'usage occasionnel, tout en précisant que 18 % l'utilisent chaque jour. KPMG interroge des organisations réalisant au moins 50 M$ et compte aussi les expérimentations.

20,1 %au Québec, contre 19,2 % dans l'ensemble du Canada

Lire notre analyse en page 3

Le fil complet en page 5

L'analyse

La valeur existe. La preuve reste difficile.

Les études convergent sur un point : acheter un outil est facile, attribuer un gain financier à cet outil l'est beaucoup moins.

Dans le sondage de la BDC, 78 % des PME qui utilisent l'IA se disent satisfaites du rendement. Une analyse économétrique associe aussi cet usage à 24 % plus de ventes par employé. Il s'agit d'une association : les entreprises adoptantes peuvent déjà être mieux équipées ou plus productives.

Ce que la comparaison change

Statistique Canada observe d'abord un avantage de productivité de 16,8 % chez les entreprises adoptantes. L'écart passe à 10,2 % lorsque l'analyse tient compte de leur productivité avant l'adoption, puis à 5,1 % et devient non significatif lorsque sont ajoutées la recherche, l'infonuagique, l'analyse de données, la robotique et la formation numérique.

La conclusion n'est pas que l'IA ne sert à rien. Elle est que les capacités complémentaires comptent. Dans l'étude BDC, la satisfaction atteint 85 % avec un plan formel contre 66 % sans plan, 86 % avec de la formation contre 53 % sans formation, et 94 % avec des données pleinement intégrées contre 63 % autrement.

Efficacité ne signifie pas encore revenu

Deloitte rapporte des gains de productivité ou d'efficacité chez 66 % des organisations sondées, mais une hausse des revenus chez 20 %. KPMG constate de son côté que 93 % de ses répondants utilisent ou expérimentent l'IA, 31 % l'ont pleinement intégrée et seulement 2 % déclarent déjà un rendement financier.

Le rendement moyen de 1,60 $ par dollar publié par la FCEI repose pour sa part sur 217 réponses autodéclarées et couvre tous les investissements numériques, pas seulement l'IA.

Pour une PME, il faut mesurer avant et après, puis expliquer comment le temps récupéré réduit un coût, protège une vente, augmente le volume ou améliore une décision.

16,8 → 5,1 %l'écart de productivité associé à l'IA diminue lorsque l'analyse tient compte des capacités déjà présentes dans l'entreprise

Le billet du fondateur

Ce que 550 appels nous ont appris

Dans un mandat réalisé pour un client, nous avons analysé les transcriptions de 550 appels de vente, dont 150 s'étaient conclus par une vente. Nous les avons confiées à un processus agentique qui faisait intervenir un agent spécialisé en vente et en découverte.

L'écart le plus marquant concernait la place laissée au client potentiel. Dans les appels conclus par une vente, il parlait en moyenne 65 % du temps. Dans les appels sans vente, sa part de parole tombait à 32 %.

Cette association ne prouvait pas que le ratio de parole causait la vente. Elle indiquait toutefois où examiner la méthode. Le « pitch parfait » commençait moins par une meilleure présentation que par une meilleure écoute.

Nous avons ensuite transformé les comportements et les séquences observés dans les appels gagnants en un programme de formation pour l'équipe de vente. Les conversations déjà présentes dans l'entreprise sont ainsi devenues une matière première pour améliorer les prochaines.

Notre service d'implantation IA permet d'intégrer ce type de processus aux données, aux outils et aux pratiques d'une entreprise.

Sur le terrain

Entreprise de services et de distribution d'équipements

Le défi

L'équipe de bureau absorbait une croissance rapide avec les mêmes ressources. Les demandes répétitives occupaient le service à la clientèle, l'inventaire se suivait à la main et les rapports financiers arrivaient vers la mi-mois, trop tard pour corriger le tir.

La solution

Le mandat de dix semaines a réuni trois chantiers : un agent pour les demandes courantes, un suivi d'inventaire automatisé et des rapports financiers produits à partir du système comptable. L'investissement total était de 52 000 $. Des aides de 19 000 $ obtenues au dossier ont ramené le coût net à 33 000 $.

Les gains annuels estimés, incluant le temps récupéré, les ventes préservées et les décisions prises plus tôt, atteignaient environ 71 000 $. Le calcul reposait sur les volumes et les coûts de l'entreprise; il ne constitue pas une promesse de résultat pour un autre projet.

Les écarts derrière la moyenne

L'accès aux outils se répand plus vite que la capacité de les intégrer au travail.

Les secteurs ne partent pas du même endroit

Au Canada, 42,3 % des entreprises de l'information et de la culture utilisent l'IA pour produire ou livrer, tout comme 40,4 % de celles de la finance et de l'assurance. Le taux tombe à 9,2 % en construction, à 7,9 % dans le commerce de gros et à 4,5 % en agriculture.

Ces écarts ne signifient pas que certains secteurs ont peu à gagner. Ils reflètent aussi la disponibilité des données, la nature du travail et la présence de solutions déjà adaptées. Générer ou analyser du texte demande moins d'intégration qu'intervenir dans une chaîne de production.

L'écart de taille change selon ce qu'on mesure

L'utilisation déclarée atteint 27,8 % chez les entreprises de 100 employés ou plus et 19,9 % chez celles de 1 à 4 employés. L'écart reste relativement contenu lorsqu'il s'agit d'essayer ou d'utiliser l'IA.

Il devient beaucoup plus large dans la préparation de l'organisation. Parmi les entreprises utilisatrices, 68,1 % des plus grandes ont formé leurs employés, contre 24 % des plus petites. Elles sont aussi 30,2 % à recourir à des consultants ou fournisseurs, contre 10,7 % chez les entreprises de 1 à 4 employés.

La géographie ajoute une autre couche

L'adoption atteint 21 % dans les entreprises urbaines et 9,9 % dans les entreprises rurales. La géographie ne fournit pas l'explication à elle seule : la composition sectorielle, la taille, l'accès aux compétences et la connectivité peuvent tous contribuer à l'écart.

La moyenne nationale montre la direction. Les comparaisons indiquent où l'accompagnement, la formation et les solutions sectorielles auront le plus de travail à faire.

Notre lecture pour la suite

Le prochain avantage viendra moins de l'accès à l'IA que de la vitesse à transformer un essai en méthode fiable.

L'accès cessera de différencier

L'IA entre déjà dans les suites bureautiques, les systèmes comptables, les CRM et les logiciels spécialisés. Une part croissante de l'adoption se fera sans décision technologique spectaculaire. Posséder un outil différenciera donc de moins en moins.

L'écart se déplacera vers les processus

Les comparaisons pointent vers les mêmes compléments : un plan, des données utilisables, de la formation et une responsabilité claire. Les entreprises qui documentent une bonne méthode apprendront plus vite que celles qui accumulent les essais individuels.

Le rendement deviendra une question de gestion

À mesure que les budgets augmentent, les dirigeants demanderont un point de départ, un coût complet et une explication du chemin entre le temps récupéré et le résultat financier.

Le rattrapage sera sectoriel

La prochaine vague dépendra de solutions capables de comprendre les documents, les règles et les systèmes propres à un métier. Traduire l'IA en processus sectoriels crédibles comptera davantage que présenter le modèle le plus récent.

Notre lecture : les gagnants ne seront pas nécessairement les premiers à avoir essayé l'IA. Ce seront les entreprises qui apprennent rapidement, conservent ce qui fonctionne et arrêtent le reste.

Votre usage est-il prêt?

Cinq questions pour distinguer une démonstration prometteuse d'un processus qui peut tenir.

1. Le travail de départ est-il compris?

L'équipe peut décrire les étapes, le volume, le délai, les reprises et les exceptions du processus actuel. Sans cette base, il sera difficile de savoir ce que l'IA a réellement amélioré.

2. Le bon résultat est-il défini?

Une personne compétente peut reconnaître un résultat acceptable et expliquer pourquoi. Les critères de qualité ne reposent pas uniquement sur une impression générale.

3. Les données permises sont-elles identifiées?

Les sources sont connues, les renseignements sensibles sont classés et l'équipe sait ce qui peut être transmis à chaque outil. Pour les renseignements personnels, le guide sur la Loi 25 aide à structurer l'analyse.

4. Quelqu'un demeure-t-il responsable?

Une personne reçoit les exceptions, valide les décisions à conséquence élevée et peut interrompre le système. L'automatisation ne fait pas disparaître l'imputabilité.

5. Le gain peut-il changer une décision?

Le temps récupéré est relié à un effet : réduire les heures supplémentaires, absorber plus de volume, raccourcir un cycle, protéger des ventes ou éviter une embauche. Si aucun effet économique n'est plausible, le projet peut rester utile, mais il ne faut pas l'appeler rentable.

Quatre ou cinq réponses claires indiquent qu'un essai contrôlé peut être raisonnable. Deux ou trois suggèrent un travail de préparation. Zéro ou une réponse signifie que le meilleur investissement est probablement de mieux comprendre le processus avant de choisir l'outil.

Le plan des 90 jours

Un processus délimité, des responsabilités claires et une décision fondée sur les résultats.

Jours 1 à 15 : cadrer le problème

Choisissez un processus fréquent dont le coût ou le délai est visible. Nommez une personne responsable, documentez le déroulement et établissez les indicateurs qui serviront à la décision. Classez aussi les données selon leur sensibilité et déterminez celles qui peuvent être utilisées.

Jours 16 à 45 : construire et éprouver

Construisez une première version et testez-la sur un échantillon représentatif. Vérifiez la précision, les exceptions, la validation humaine, le délai et le coût par transaction. Comptez les licences, l'intégration, la préparation des données, la formation, la surveillance et le temps interne.

Jours 46 à 75 : mettre en production

Déployez sur une portion contrôlée du volume. Limitez les accès, journalisez les actions et conservez une approbation humaine pour les décisions à conséquence élevée. Formez l'équipe sur le nouveau déroulement du travail, y compris les cas où elle doit interrompre ou reprendre le contrôle.

Jours 76 à 90 : décider avec les résultats

Comparez les résultats aux indicateurs de départ. Convertissez la capacité récupérée en effet économique : heures supplémentaires évitées, embauche reportée, cycle plus rapide, ventes protégées ou volume accru.

Décidez ensuite d'étendre, de corriger ou d'arrêter. Un essai qui révèle clairement ses limites a rempli sa fonction.

La question

« Sommes-nous déjà en retard si nous n'avons encore rien implanté? »

Non. Environ quatre entreprises québécoises sur cinq ne déclarent pas encore utiliser l'IA pour produire ou livrer. Le marché demeure au début de l'intégration réelle.

Le coût de l'attente se trouve surtout dans l'apprentissage reporté. Les outils changeront encore; la capacité durable consiste à repérer un bon processus, tester avec ses propres données, encadrer le risque et mesurer le résultat.

Commencez par une tâche assez importante pour compter, assez limitée pour être testée et assez mesurable pour éclairer la prochaine décision.

« Le vrai retard ne se mesure pas au nombre d'outils essayés, mais au temps nécessaire pour transformer un apprentissage en meilleure façon de travailler. »

À suivre

Demandes au programme BDC LIFT

Services-conseils et financement pour les entreprises admissibles qui préparent un projet numérique ou d'IA.

Nouvelles statistiques du programme TechStat

Statistique Canada prévoit publier de nouvelles données sur l'usage, les bénéfices et les défis liés à l'IA.

Budget IA : combien faut-il dépenser?

Comment fixer une enveloppe réaliste, répartir le budget entre outils, intégration, données et formation, puis mesurer le rendement.

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